CET HOMME MERITE TOUTE NOTRE RECONNAISSANCE Amir Barry Sherbrook (Canada)
Dans tous les pays que j’ai eu la chance de visiter, il y a une pratique culturelle qui semble les caractériser tous : la reconnaissance des anciens maitres. Musulmans, Catholiques ou Chrétiens tous sont unanimes sur cette pratique qui prouve la reconnaissance et l’affection envers ces hommes et femmes qui ont contribué à modeler et à façonner des milliers de jeunes enfants.
Aujourd’hui je suis au Canada, loin de ma patrie mais en communion d’idée avec elle. C’est à travers cette valeur que je témoigne aujourd’hui ma reconnaissance envers un homme qui pour moi a été le meilleur que j’ai connu durant mon cursus scolaire et universitaire. Si nous sommes appréciés sur le plan académique et professionnelle, il a une grande part dans cette réussite, il nous a donné l’amour du travail bien fait et aussi la droiture.
Odia Famany CONDE, nous l’appelions affectueusement ‘’Fama’’ à cause de la facilité dont il disposait à nous faire comprendre aisément les Soleils des Indépendances de Ahmadou Kourouma. Pour parler sans exagération et avec modestie, nous pouvons dire qu’il a été l’un des meilleurs professeurs de français connus dans notre pays. Quand je lui ai rencontré pour lui demander de me parler de son parcours pédagogique et professionnelle, il m’a simplement dit : est-ce que cela a de l’importance.
Le fils de la maman Odia est un homme humble, malgré toute la considération, toute l’admiration dont il jouissait de la part des autorités et des élèves, il est demeuré lui-même. Pour lui l’intelligence est un don dieu, ce don il faut savoir et pouvoir le partager avec les autres car, ce n’est ni une parure ni un ornement. Il a connu dans sa pérégrination administrative de nombreux postes de service ; Dinguiraye, Faranah, Boké, Kindia et Boffa. Partout où il est passé il a laissé un souvenir vivace dans le cœur des élèves qu’il a eu à former.
Famany CONDE a une simplicité exceptionnelle dans son approche pédagogique. Il ne sait jamais contenter de donner des connaissances indigestes pour l’apprenant, sa méthodologie a toujours été de pousser l’élève à découvrir l’énigme de ce qui l’intrigue. A ses heures de cours même les grands ‘’chômeurs’’ se donnaient la peine de venir l’écouter. On se plaisait d’accueillir souvent des amis venus de Conakry avec un dictaphone pour voir cet éminent professeur à l’œuvre. Ils repartaient satisfaits de sa prestation, tout cela se passait sans que ‘’Fama’’ n’en soit informé.
Son mérite le plus remarquable est son calme face à la classe et sa forte personnalité qui oblige les élèves à le respecter. Quel que soit le problème qu’on lui pose il a toujours eu une solution. Jamais nous n’avons réussi à l’énerver par certaines attitudes irrévérencieuses, pour lui, il est avant tout un éducateur, sa mission est de nous mouler et non de nous laisser dans l’égarement. Cet homme comme tant d’autres de ses collègues ont contribué à former une élite qui fait aujourd’hui les beaux jours de notre administration.
En dehors des cours de français, il nous donnait des leçons de vie tirées de ses expériences personnelles et aussi de ses rapports étroits avec les anciens dépositaires de la sagesse. Pour lui il est et demeure africain traditionnaliste qui rechigne la métamorphose et l’acculturation dont notre société est aujourd’hui victime. Il nous a toujours demandé d’agir, de refuser l’oisiveté, la paresse, le mensonge et d’aimer la vérité, la défendre en tout lieu et en toute circonstance.
Après la classe il est ami à tous les élèves, il ne se gêne pas de rendre visite à un élève dans sa famille, à s’inquiéter pour une absence prolongée. Quel que soit le degré de votre intimité, cela ne se répercutera jamais à l’école, il gardera toujours une distance pour marquer son autorité. La ponctualité le caractérisait au travail, on se demandait même s’il tombait malade. La rigueur dans le travail, l’exigence du devoir accompli, la transparence dans les contrôles écrits lui ont permis de créer une saine émulation entre ses élèves. Chaque travail accompli méritait une note à la dimension de l’effort fourni.
Aujourd’hui nous devons reconnaissance et soutien à ces hommes qui pendant des nuits ont abandonné leurs lits pour corriger nos devoirs, préparer des leçons pour nous permettre d’être ce que nous sommes aujourd’hui. IPS Faranah, ENI, Lycée Yomboya, Lycée Filira de Boké, Collège Tafory, Lycée Wossou et Lycée Sambaya à Kindia, Lycée Marien N’Gouabi de Boffa,nous sommes des dizaines de centaines à avoir bénéficié de la prestation de ce grand enseignant. On ne peut pas payer un enseignant mais, par notre reconnaissance nous pouvons le faire sentir le sentiment qu’il n’a pas œuvré pour rien.
« Un simple bonjour, un simple appel téléphonique, une simple visite voilà ce que chacun de nous peut faire pour nos anciens professeurs pendant qu’ils sont vivants ». Pensons toujours aux rapports que nous avons tissés avec eux, rendons-leur cet hommage de leur vivant.
Longue vie à vous Mr. FAMA, que le Tout-Puissant Allah vous garde longtemps dans la santé !
