Culture : vers une gestion collective moderne des droits des créateurs guinéens, une rencontre attendue à Conakry
En prélude à l’ouverture des travaux de l’atelier de renforcement des capacités sur la gestion des droits d’auteur et la gestion collective en République de Guinée, ainsi que sur les modalités pratiques d’utilisation des outils internationaux dédiés à cette gestion, le directeur général du Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA) a conjointement animé, ce lundi 5 octobre 2026, une conférence de presse avec le directeur Afrique de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (CISAC), ainsi que d’autres experts du domaine.

Cette rencontre a permis aux conférenciers d’apporter des précisions sur les objectifs, les attentes et les retombées de cette formation destinée notamment aux cadres du Bureau guinéen du droit d’auteur, aux membres du Conseil d’administration du ministère de la Culture et aux créateurs de contenu.
Samuel Sangwa : « Les identifiants permettent de rendre visibles les œuvres »
Prenant la parole, Samuel Sangwa, directeur Afrique de la CISAC, a rappelé les raisons de leur présence en Guinée :
« Nous sommes ici en République de Guinée à la demande du ministère de la Culture et du gouvernement de Guinée sur une question fondamentale : la gestion collective moderne, c’est-à-dire la question des identifiants. De manière très simple, cela sera expliqué par les consultants : les identifiants permettent de rendre visibles les œuvres d’un répertoire d’un pays. Ce qui permet aux créateurs de ce pays, lorsque leurs œuvres sont exploitées soit sur le territoire national, soit sur le territoire international, de pouvoir recevoir leurs droits.
À l’heure actuelle, le BGDA est engagé dans une réforme pour permettre à l’ensemble de ses membres ici en Guinée de bénéficier de leurs droits lorsque leurs œuvres seront exploitées sur le territoire national et international, par le biais de ces identifiants », a-t-il expliqué.

La rencontre de Conakry, qui s’étendra sur quatre jours, constitue, selon Samuel Sangwa, un moment important pour le secteur culturel guinéen. « Nous allons, dans un premier temps, faire de la sensibilisation et de la pédagogie : expliquer à l’ensemble des parties prenantes du droit d’auteur, des industries culturelles et créatives, l’importance d’une société de droit d’auteur, d’une société de gestion collective. À quoi sert le BGDA ? Quelle est sa mission ? Quelle est sa plus-value pour le pays ? Qu’est-ce qu’elle apporte ?
Dans un deuxième temps, nous allons aussi démystifier tout le processus qui se déroule dans une société de droit d’auteur : la documentation, c’est-à-dire renseigner les œuvres et les auteurs ; la perception, c’est-à-dire la collecte auprès de ceux qui exploitent les œuvres ; et enfin la répartition.
In fine, le changement que nous attendons, c’est que l’ensemble du répertoire, à tout le moins celui de la musique, soit identifié dans un délai assez proche. La conséquence, c’est quoi ? Cela permettra à la Guinée de retrouver sa place dans le concert des nations en ce qui concerne le droit d’auteur », a souligné Samuel Sangwa.
« Chaque créateur doit avoir un numéro de matricule qu’on appelle identifiant »
De son côté, Moussa Fofana, directeur général du Bureau guinéen du droit d’auteur, est largement revenu sur les explications techniques apportées par les experts, afin de les rendre plus accessibles.
« Ce qu’ils ont dit ici de façon technique, de façon très simple : chaque créateur doit avoir un numéro de matricule qu’on appelle “identifiant”. Cet identifiant, dans le système du droit d’auteur, c’est le code IPI. D’Azaya à Amaza, jusqu’à Grand P, chacun devrait avoir son code. Ce code est attribué par une société unique dans le monde, basée en Suisse. Donc, quand vous l’avez, vous êtes non seulement identifiable en Guinée, mais partout dans le monde entier. », a-t-il souligné

Dans la communication des experts, ils ont souligné que les œuvres doivent avoir le code ISWC.
Et selon Moussa Fofana : « À la différence de l’être humain, qui est l’auteur et qui est identifié par le code IPI, l’œuvre qu’il crée doit, elle aussi, disposer d’un identifiant. Quand vous prenez la base de données de Takana, de Black Mafia 1 en passant par Rappel à l’ordre, Kalamassina, tous ces morceaux dans les différents albums doivent avoir un code d’identification à travers le code ISWC.
Cela permettra au Bureau sénégalais, lorsque le titre Black Mafia 2 de Takana est utilisé dans une boîte de nuit au Sénégal et que cette boîte paie de l’argent au Bureau sénégalais du droit d’auteur, de se rendre compte que cette œuvre appartient à Takana, à travers le matricule de l’œuvre qui est identifié au Bureau guinéen du droit d’auteur. Par conséquent, l’argent qui revient à l’auteur pourra être rapatrié en République de Guinée. Ce qui n’est pas possible aujourd’hui en Guinée, parce que nous n’avons pas encore ces codes qui permettent d’identifier d’abord Takana, à travers son code IPI, puis son œuvre Black Mafia 2, à travers son code ISWC. », a-t-il expliqué
937 œuvres déjà intégrées dans le système
En attendant l’ouverture officielle des travaux prévue ce mardi 6 octobre, le directeur général du BGDA a annoncé que le processus d’identification est déjà engagé en Guinée.
Selon Moussa Fofana, le code IPI est désormais déployé dans le pays et 937 œuvres sont déjà enregistrées dans le système.
« Le système de répartition internationale des droits est déployé en Guinée à ce jour. Il s’agit du WIPO Connect. Aujourd’hui, le directeur de la documentation, Monsieur Sylla, a commencé à intégrer les œuvres guinéennes, donc la base de données guinéenne qui était jusqu’à présent locale, dans ce système international », a-t-il conclu.
Cette initiative devrait ainsi contribuer à une meilleure identification des auteurs et de leurs œuvres, mais aussi à renforcer la traçabilité et la perception des droits d’auteur des créateurs guinéens, y compris lorsque leurs œuvres sont exploitées à l’étranger.
YB
