Culture : Nènè Rougui Baldé honorée pour sa contribution majeure à la musique guinéenne

Nènè Rougui Baldé, patronne de Gris-Gris Productions, l’une des maisons de production musicale pionnières en Guinée, a été honorée dans la soirée du vendredi à travers une reconnaissance dédiée à son parcours.

Cette initiative du ministère de la Culture et de l’Artisanat vient saluer des décennies d’engagement en faveur de la promotion et de la valorisation de la culture nationale. La cérémonie, qui s’est déroulée au Palais du Peuple de Conakry, a réuni plusieurs personnalités du monde culturel et politique, dont d’anciens ministres, notamment Justin Morel Junior et Fodéba Isto Keira.

À cette occasion, la productrice a reçu des mains du ministre de la Culture et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, un satisfecit honorifique, un chèque de 30 000 dollars américains ainsi qu’une carte de prise en charge sanitaire à vie.

Avant la remise officielle de la distinction, les Ballets Africains de Guinée, Djelikè Kouramadi, Ibro Diabaté et Lamah Sidibé, des artistes dont la carrière a été soutenue par Nènè Rougui Baldé, ont livré des prestations artistiques en son honneur. À travers ces prestations, ils ont tenu à saluer celle qui a largement contribué à leur succès et, plus largement, au rayonnement de la musique guinéenne.

Visiblement émue, Dame Nènè Rougui Baldé a exprimé sa gratitude en des mots simples :
« Il faut remercier les autorités et remercier Allah de m’avoir donné la chance d’être là aujourd’hui pour célébrer ce jour. »

Prenant la parole, le ministre de la Culture et de l’Artisanat a, pour sa part, souligné le rôle déterminant joué par la bénéficiaire de cette distinction, tout en remerciant le chef de l’État.
« Je remercie le Président de la République, Mamadi Doumbouya, qui a permis que cette soirée de reconnaissance en l’honneur de notre maman Hadja Rougui Baldé se tienne. C’est une reconnaissance méritée. Cette maman a puisé dans son épargne, investi des millions de francs guinéens pour sortir de l’ombre des artistes devenus aujourd’hui des légendes. Elle s’est parfois sacrifiée avec des moyens qu’elle n’avait pas afin de faire émerger des artistes qui font la fierté de la musique guinéenne », a-t-il déclaré.

Poursuivant, Moussa Moïse Sylla a insisté sur l’importance de la reconnaissance dans la construction culturelle :
« Aujourd’hui, il est normal que la nation se souvienne d’elle. Il n’y a pas de culture sans reconnaissance, car dans la reconnaissance, il y a la transmission. La transmission est comme la sève nourricière de la culture. Il faut reconnaître ceux qui ont bâti et accompli de grandes choses pour que le présent existe. Si nous le faisons aujourd’hui, demain existera également. »

Proche de la récipiendaire, l’ancien ministre de la Culture, Justin Morel Junior, a également témoigné :
« Ensemble, nous avons bâti des choses qui ont permis de faire avancer la culture guinéenne. Elle a produit tour à tour Ibro Diabaté, Missia Saran, Bill de Sam, Lama Sidibé, Seny Malomou. C’est vraiment une dame qui mérite cet hommage. Cela a trop duré. Célébrer nos artistes de leur vivant, il n’y a rien de plus juste et de plus reconnaissant. Nous sommes heureux pour elle. »

De son côté, Fodéba Isto Keira, également ancien ministre, a salué les mérites de Nènè Rougui Baldé tout en plaidant pour la pérennisation de ce type d’initiatives :
« Il est difficile de parler de la générosité de Mme Rougui Baldé sans que les superlatifs ne se bousculent. Elle est mécène, philanthrope… Je voudrais rendre hommage à tous les pionniers de la production musicale. Cette cérémonie illustre parfaitement le slogan : s’inspirer du passé pour construire l’avenir ensemble. Je souhaite que cela continue et que d’autres personnes soient célébrées de leur vivant. Nous brillons malheureusement par une hypocrisie sociale qui consiste à célébrer les personnes lorsqu’elles ne sont plus en vie. »

À travers cette cérémonie, les autorités culturelles entendent non seulement rendre justice à une figure emblématique de la production musicale guinéenne, mais aussi promouvoir une culture de la reconnaissance envers celles et ceux qui ont contribué, souvent dans l’ombre, à bâtir l’histoire artistique du pays.

Mohamed Ybno