La politique et le syndicalisme : du paravent social a l’ascension personnelle ( Par Famany Condé)

Dans un passé récent, la Guinée a vu pulluler des formations politiques et des groupuscules syndicaux nés de la complaisance administrative. Si, officiellement, ces organisations prétendent défendre le peuple, la réalité cache un dessein bien plus sombre : l’instrumentalisation de la misère à des fins de carrière.

Le syndicalisme de façade et la culture du « boucan » : Pour ces acteurs, la légitimité ne se construit plus sur la base de victoires sociales, mais sur l’éclat de la critique systématique. Il leur suffit de simuler un « pseudo-courage » en s’attaquant au régime pour se forger une stature de défenseur des opprimés. Pour certains syndicalistes, le conflit n’est pas un dernier recours, mais un fonds de commerce. En agitant les foules, ils ne cherchent pas à résoudre les problèmes des travailleurs, mais à se rendre indispensables ou assez encombrants pour être « achetés » par le système.

La manipulation des foules le syndicaliste illusionniste : Profitant d’une certaine vulnérabilité sociale, ces leaders transforment le citoyen en «mouton de Panurge ». À coups de gadgets — t-shirts, casquettes et banderoles — ils remplacent la conscience ouvrière par un enthousiasme superficiel. Le travailleur n’est plus un partenaire social à éduquer, mais une masse de manœuvre que l’on agite dans un  «brouhaha » savamment orchestré. C’est dans ce tumulte que l’opportuniste se fraye un chemin pour attirer les regards et satisfaire ses ambitions égocentriques.

La trahison finale : la « place au soleil » : Lepoint culminant de cette dérive survient lorsque le combat, hier présenté comme sacré, se mue en une quête hégémonique. Une fois la notoriété acquise, le syndicalisme devient un levier de chantage pour obtenir des privilèges individuels. Le prétendu rempart contre l’injustice se transforme alors en un simple marchepied vers le confort du pouvoir. Le défenseur d’hier s’installe dans sa « place au soleil », abandonnant derrière lui ceux qui ont cru en son combat, prouvant que sa lutte n’était qu’une stratégie de survie sociale.

L’appel à la vigilance : Face à cette théâtralisation de l’engagement, l’heure est à la maturité. Le peuple et les travailleurs doivent apprendre à distinguer le véritable militant de l’opportuniste de crise. Le changement ne viendra pas de ceux qui crient le plus fort, mais de ceux qui exigent une redevabilité réelle et une éthique de l’action.

Pour un éveil des consciences et une refondation citoyenne : Face à ce cycle de déceptions, le statu quo n’est plus une option. Il est temps de briser ce miroir aux alouettes et d’exiger une pratique politique et syndicale qui ne soit plus une carrière, mais un sacerdoce. Le changement ne viendra pas d’un sauveur providentiel, mais d’une rupture profonde avec les habitudes du passé. 

L’heure est à la maturité citoyenne : Le peuple de Guinée doit cesser d’être le marchepied de l’opportunisme pour devenir le véritable arbitre de son destin. Cela commence par :• Le rejet de la politique du « t-shirt » :Substituons l’émotion de l’instant par l’analyse des programmes. La conviction doit l’emporter sur la séduction.• L’exigence de redevabilité : Un mandat, qu’il soit politique ou syndical, n’est pas un chèque en blanc. Chaque leader doit rendre des comptes, non pas à ses intérêts, mais à la base qui l’a porté.• L’éducation civique : C’est le rempart ultime contre la manipulation. Une population informée est une population que l’on ne mène plus à l’abattoir des ambitions personnelles.

Nous devons bâtir une nouvelle culture où le succès ne se mesure pas à la « place au soleil » obtenue par un individu, mais au bien-être collectif arraché par la solidarité. Il est temps que l’engagement redevienne ce qu’il aurait toujours dû être : un acte d’amour pour la patrie et de respect pour les travailleurs.

Le futur de la nation ne se négocie pas dans les cafés, il se construit dans la dignité et la vigilance de chacun.