Procès du 28 septembre : Le Colonel Bienvenu Lamah de retour à la barre face à des témoignages contradictoires
Poursuivi pour des chefs d’accusation d’une extrême gravité, notamment complicité de meurtre, assassinat, viol, torture, enlèvement et pillage, le Colonel Bienvenu Lamah est attendu ce lundi 23 mars 2026 à la barre du tribunal criminel de Dixinn. Ce procès, délocalisé dans l’enceinte de la Cour d’appel de Conakry, plonge à nouveau dans les méandres d’un dossier marqué par des contradictions majeures.
Placé sous mandat de dépôt le 21 novembre 2022, le Colonel Lamah se retrouve au cœur d’un feuilleton judiciaire aux multiples rebondissements. Entre témoignages divergents et non-dits, une question demeure : qui, des acteurs clés de cette affaire, détient la vérité ?
La confrontation des versions : Toumba face à Sékouba Konaté
Le dossier repose en grande partie sur des déclarations faites à des années d’intervalle, dont les détails s’entrechoquent.
L’interview de Toumba Diakité du 16 décembre 2009 : Réalisée seulement deux mois après les faits avec RFI, cette déposition est cruciale. Toumba affirmait que 250 recrues provenaient du Centre d’Instruction de l’Armée de Mer (CIAM). C’est sur la base de ces déclarations que le Colonel Lamah avait initialement bénéficié d’un non-lieu.
La version du Général Sékouba Konaté du 27 mars 2017 : Huit ans plus tard, peu après l’extradition de Toumba de Dakar vers la Guinée, l’ancien président de la transition a livré une version différente, accusant les recrues du camp de Kaliah. Selon lui, près de 9 000 hommes auraient été déployés pour réprimer la population au stade.
Discordance entre Toumba Diakité et son propre camp
L’incohérence ne s’arrête pas là. Toumba Diakité semble en contradiction avec son propre témoin, Mamady Soumaoro.
Sur l’origine des recrues : Tandis que Toumba maintient que ses éléments venaient du CIAM, Soumaoro affirme que les recrues de Kaliah ont été acheminées vers Conakry entre le 24 et le 25 septembre 2009 pour perpétrer le massacre.
Sur l’état des troupes : Pour Soumaoro, les recrues du CIAM étaient de « bons Guinéens » déjà répartis avant les événements, démentant ainsi l’implication des hommes du CIAM dénoncés initialement par Toumba.
Les documents versés au dossier par la défense du Colonel Lamah apportent un éclairage technique sur la présence des recrues au moment des faits :
Effectifs : 390 recrues étaient effectivement présentes au CIAM (ou « 66 ») dès le 1er mai 2009 pour leur formation commune de base.
Chronologie : Ces recrues n’auraient été affectées qu’en avril 2010, sous l’égide du Général Nouhou Thiam.
Conséquence : Selon cette ligne de défense, les recrues étaient encore en formation au centre lors des événements du 28 septembre et de l’attentat contre le Capitaine Moussa Dadis Camara le 3 décembre 2009.
En résumé, le tribunal devra s’employer à trancher entre la réalité du terrain décrite par Toumba Diakité en 2009 et les versions divergentes du Général Sékouba Konaté et des témoins.
