Scandale à l’hôpital Jean-Paul-II : plus de trois milliards retirés du compte au Trésor
Dans les couloirs silencieux de l’hôpital Jean-Paul-II, un présumé détournement de plus de trois milliards de francs guinéens passe sous silence. Les personnes mises en cause seraient le directeur général suspendu et son agent comptable, déjà en fuite et actuellement au Canada. Au bout du fil, un témoin brise le silence et apporte des précisions.
Pour la petite histoire, l’affaire remonte au mois de janvier, lorsque la décision a été prise d’équiper l’hôpital, complètement délabré et dépourvu de matériel.
« Après des démarches auprès du ministère de tutelle, un montant de 12 milliards de francs guinéens a été mis à la disposition de l’hôpital pour l’achat d’équipements. Parmi ces équipements figurait un scanner de dernière génération, censé être plus performant que celui de la CNSS, mais qui n’a jamais été livré au centre », rappelle notre source au téléphone.
Il précise que le compte de l’hôpital Jean-Paul-II a été crédité au Trésor le 19 juin 2025.
« Nous avons eu un prestataire du nom d’ATS Multiservices Traoré, chargé de nous fournir les équipements. ATS Multiservices Traoré, négocié par le directeur, a procédé au retrait de la première tranche, soit 30 % du montant (3 milliards 556 millions de francs guinéens). C’était le 21 juillet de cette année. Mais malheureusement, les équipements ne sont jamais arrivés. Il n’a pas respecté les délais contractuels et, à ce jour, nous n’avons rien reçu. Le directeur de la société nous fait croire qu’il est au Japon, ce qui est totalement faux. Il n’est jamais sorti du territoire national. Récemment, il a été aperçu dans les rues de conakry. Pour lui, c’est un autre cas, et je crois que les autorités vont se saisir de son dossier », souligne-t-il.
Revenant sur le présumé détournement de plus de trois milliards, deux personnes sont citées dans cette affaire : Soryba Soumah, ancien directeur général, et son agent comptable Mohamed Sangaré, en fuite.
« Au niveau du Trésor, pour toute sortie d’argent, il faut la signature du directeur et de son agent comptable. Ce sont ces deux signatures qui sont reconnues, tandis que celle du SAF relève du budget.
Le compte a été crédité le 19 juin et, le 21 juillet, pour le paiement de la première facture du fournisseur, les deux ont fait sortir 1 milliard 322 millions du compte à d’autres fins. Après vérification, on s’est rendu compte que le montant total sorti atteignait 3 milliards 135 millions de francs guinéens », explique notre interlocuteur.
Après ces faits, le directeur a été démis de ses fonctions et l’agent comptable a pris la fuite. Il résiderait actuellement au Canada.
« Le DG a été suspendu par la ministre Charlotte Dafé depuis le 4 novembre. Même le jour de la passation de service, il n’est pas venu et a refusé de remettre les clés de son bureau. Malgré plusieurs appels du chef de cabinet, il n’a jamais répondu. Les deux ont dépensé plus de trois milliards à des fins non justifiées sous prétexte d’achat d’équipements.
La CRIEF s’est déjà saisie du dossier et l’a confié à l’ORDEF (Office de répression des délits économiques et financiers). »
Le directeur suspendu , pour se défendre, aurait accusé l’agent comptable d’avoir falsifié son cachet.
« Soryba affirme que sa signature a été falsifiée par l’agent comptable, qui aurait également fabriqué un faux cachet. Mais avant le départ de l’agent comptable au Canada, le 18 septembre, la sortie de 1 milliard 230 millions s’est faite alors qu’ils étaient tous deux présents. Lorsque le directeur est parti à l’intérieur du pays pour la campagne référendaire, l’agent comptable a procédé à des retraits dans le compte du Trésor. Voilà l’argument avancé par le DG. Mais après le départ de l’agent comptable, le directeur, à son retour de campagne, a aussi réussi à faire sortir des fonds du même compte. Ce qui laisse penser que l’agent comptable avait signé un document pour que l’autre effectue les retraits : c’était leur plan », conclut ce témoin proche du dossier.
Pour équilibrer l’information, nous avons tenté de joindre les mis en cause, Soryba Soumah par appel téléphonique et message WhatsApp, ainsi que son agent comptable par WhatsApp, mais sans succès.
Nous y reviendrons
Mohamed Ybno
