𝗠𝗼𝘂𝘀𝘀𝗮 𝗠𝗼ï𝘀𝗲 𝗦𝘆𝗹𝗹𝗮 𝗮 𝗰𝗵𝗼𝗶𝘀𝗶 𝘀𝗼𝗻 𝗰𝗮𝗺𝗽 : 𝗲𝘁 𝘃𝗼𝘂𝘀, 𝗾𝘂𝗮𝗻𝗱 𝗲𝘀𝘁-𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝘃𝗼𝘂𝘀 𝗮𝗿𝗿ê𝘁𝗲𝗿𝗲𝘇 𝗱𝗲 𝗷𝗼𝘂𝗲𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝘃𝗶𝗲𝗿𝗴𝗲𝘀 𝗲𝗳𝗳𝗮𝗿𝗼𝘂𝗰𝗵é𝗲𝘀 ?
Au royaume de l’équivoque, la parole claire est un acte de rebellion. C’est cette rebellion que Moussa Moïse Sylla incarne aujourd’hui, au péril de sa propre tranquillité, dans une Guinée qui semble préférer le confort du murmure à la tempête des convictions assumées. Notre maladie nationale : exiger des hommes qu’ils restent ce qu’ils étaient, même quand le monde change autour d’eux.
La scène politique guinéenne est un théâtre où les masques s’échangent plus vite que les idéologies. Dans cette arène, une déclaration fait l’effet d’un coup de tonnerre : Moussa Moïse Sylla, ministre de la Culture, affirme, avec une sérénité qui confine à la prophétie, que la candidature du Général Président Mamadi Doumbouya est « une candidature que Dieu même appelle de tous ses vœux ». Cette parole, jetée dans le brouhaha médiatique, agit comme un révélateur qui dérange, d’autres même dans un extrémisme notoire, traitent l’émission «GG» comme une arnaque du siècle. C’est cela qui m’amène à ce constat désabusé.
Je me souviens de cette distinction fondamentale, celle que m’a confiée un jeune homme et que j’ai faite mienne : il y a la « 𝐆𝐮𝐢𝐧é𝐞 » , l’entité abstraite, la patrie avec ses rêves et ses potentialités ; et il y a le « 𝐆𝐮𝐢𝐧é𝐞𝐧 » , l’individu concret, avec ses peurs, ses calculs et ses petitesses. C’est sur ce dernier, ce microcosme de paradoxes, que je porte aujourd’hui mon regard désenchanté.
La dynamique sociale de Karl Marx, en effet, nous enseigne que la conscience est déterminée par l’être social. Pourtant, je constate qu’une catégorie de Guinéens semble échapper à cette loi, se croyant investie d’une « raison immortelle », détachée des contingences. Après observation, une typologie s’impose à mon esprit, un bestiaire social où chacun joue son rôle dans la comédie nationale :
𝟭. 𝙇𝙚 𝙂𝙪𝙞𝙣é𝙚𝙣 𝙎𝙩𝙖𝙜𝙣𝙖𝙣𝙩 : Archétype de la pensée fossile. Pour lui, l’homme est une statue, figée dans la posture de son premier métier. Sa logique est implacablement absurde : si hier tu étais journaliste, tu dois mourir journaliste dans ton âme. Si tu es nommé ministre, tu dois impérativement continuer à penser et à analyser comme le chroniqueur insurgé que tu étais, ignorant totalement le changement de rôle, de responsabilités et de devoir. Quel paradoxe que de refuser à l’homme la capacité d’évoluer ! C’est la négation même de la vie.
𝟮. 𝙇𝙚 𝙂𝙪𝙞𝙣é𝙚𝙣 𝙊𝙗𝙨𝙚𝙧𝙫𝙖𝙩𝙚𝙪𝙧 : Spectateur éternel de son propre drame. Son engagement est conditionné par la pleine ou la vacuité de son estomac. Tant que lui et sa famille sont nourris, le monde peut bien brûler. Son slogan : « Ça va. » C’est le soldat de la résignation silencieuse.
𝟯. 𝙇𝙚 𝙂𝙪𝙞𝙣é𝙚𝙣 𝙉𝙪𝙖𝙣𝙘é : Celui-ci se veut pragmatique et au-dessus de la mêlée. Son jugement est suspendu à l’« action concrète ». Il attend, il évalue, il pèse le pour et le contre sans jamais s’engager pleinement. Son idéal est personnel, son soutien toujours conditionnel. C’est le juge qui ne rend son verdict qu’après la bataille, quand les risques sont nuls.
𝟰. 𝙇𝙚 𝙂𝙪𝙞𝙣é𝙚𝙣 𝘾𝙮𝙣𝙞𝙦𝙪𝙚 : Celui-là est une pièce maîtresse du chaos. Caché derrière l’anonymat des comptes fictifs, il déverse un flot ininterrompu de critique acerbe et de mépris. Il croit détenir la vérité absolue et s’érige en censeur suprême, semant la haine sans jamais avoir à en assumer les conséquences. C’est le lâche qui pointe du doigt depuis l’ombre.
𝟱. 𝙇𝙚 𝙂𝙪𝙞𝙣é𝙚𝙣 𝙊𝙥𝙥𝙤𝙧𝙩𝙪𝙣𝙞𝙨𝙩𝙚 : Chez lui, les convictions ont la constance d’une girouette, toujours orientées vers le vent du pouvoir et des avantages immédiats. Il n’a pas de boussole morale, seulement un radar à opportunités. Il est prêt à toutes les métamorphoses, à toutes les trahisons, pour rester dans le sillage de l’influence.
𝟲. 𝙇𝙚 𝙂𝙪𝙞𝙣é𝙚𝙣 𝘾𝙤𝙢𝙥𝙧é𝙝𝙚𝙣𝙨𝙞𝙛 : Espèce rare et précieuse. Il a assimilé la loi première du monde : l’adaptation. Il sait avec sagesse qu’on ne peut, en changeant de fonction, garder l’ancienne posture. Du journaliste au ministre, il y a un changement de paradigme complet. Il comprend que l’action doit évoluer avec la responsabilité. C’est l’incarnation de la raison contextuelle.
Et c’est ici que le cas Moussa Moïse Sylla devient un symbole. Je l’ai souligné, l’exemple du journaliste n’est pas anodin. Je le vois partout, sur les plateaux, dans les blogs, dans les conciliabules de frustrés, son nom mis en accusation. On exhume des archives, on brandit le sacro-saint « Verba volant, scripta manent » comme une arme absolue, oubliant que les paroles s’envolent précisément parce que les contextes, eux aussi, sont éphémères. L’inspecteur Colombo d’hier est devenu… autre chose. Et cela, certains ne le lui pardonnent pas.
Cette frénésie de déni me ramène à une expérience personnelle. Moi-même, en rendant un simple hommage à une mère pour son courage, j’ai vu un ami d’université, un esprit que je croyais éclairé, se dire « déçu » de ma position. Simplement parce que je ne voyais pas les choses comme lui. De tout son commentaire, voici ce que je retiens de plus pathétique : « 𝘑’𝘢𝘪𝘮𝘦𝘳𝘢𝘪𝘴 𝘲𝘶𝘦 𝘵𝘶 𝘤𝘰𝘮𝘱𝘳𝘦𝘯𝘯𝘦𝘴 𝘲𝘶𝘦 𝘴𝘰𝘶𝘵𝘦𝘯𝘪𝘳 𝘤𝘦 𝘨𝘦𝘯𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘱𝘰𝘭𝘪𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦, 𝘤𝘦 𝘯’𝘦𝘴𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘫𝘶𝘴𝘵𝘦 𝘶𝘯𝘦 𝘰𝘱𝘪𝘯𝘪𝘰𝘯 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘱𝘳𝘦𝘯𝘥𝘳𝘦 𝘱𝘢𝘳𝘵 à 𝘶𝘯𝘦 𝘥𝘦𝘴𝘵𝘳𝘶𝘤𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘰𝘯𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘯𝘴é𝘲𝘶𝘦𝘯𝘤𝘦𝘴 𝘯𝘰𝘶𝘴 𝘤𝘰𝘯𝘤𝘦𝘳𝘯𝘦𝘯𝘵 𝘵𝘰𝘶𝘴. 𝘗𝘳é𝘴𝘪 𝘫’𝘦𝘴𝘱é𝘳𝘢𝘪𝘴 𝘮𝘪𝘦𝘶𝘹 ». Vous voyez le glissement ? Pour lui, soutenir une mère dans son action était déjà une « destruction ». Ma réplique fut à la hauteur de son commentaire, mais je mesure ici l’étendue du mal : la pensée binaire qui diabolise toute divergence.
Dans cette frénésie, on oublie en une fraction de seconde l’essentiel : l’œuvre du ministre. On oublie l’élan insufflé à la culture, la valorisation de l’art, l’humanité sociale. Peut-être est-ce là, effectivement, la tragédie du « Guinéen » : une myopie sélective.
Mais je vous le demande, que veut-on, au fond ? Qu’il démissionne pour avoir le plaisir de l’entendre critiquer de l’extérieur ? Qu’il soit ministre et morde la main qui, aujourd’hui, lui permet d’agir ? Qu’il traite le Général Doumbouya de monstre ?
𝗗𝗶𝘁𝗲𝘀-𝗺𝗼𝗶, 𝗾𝘂𝗲 𝘃𝗼𝘂𝗹𝗲𝘇-𝘃𝗼𝘂𝘀 𝗱𝗲 𝗩𝗥𝗔𝗜 ?
Voulez-vous une gouvernance de semblant, peuplée de muets et de faux-jetons ? Un homme n’a-t-il pas le droit à un choix, à une conviction assumée ?
Je vois le cas d’hommes de médias comme Roby des « Grandes Gueules », Aboubacar de « Miradors », ou Magnouma de « On Refait le Monde ». Hier, ils étaient conspués, voués aux gémonies par la meute parce qu’ils avaient simplement osé participer à une campagne. Ils illustrent ce paradoxe des paradoxes : on exige la liberté d’opinion mais on refuse à l’autre la liberté du choix. Mais ce sont des humains. Ils doivent vivre. Ils doivent nourrir leurs familles. Où est donc le crime ?
Moussa Moïse Sylla, lui, 𝙨’𝙖𝙨𝙨𝙪𝙢𝙚. C’est sa grandeur et son crime. Il ne se cache pas. Il dit ce qu’il pense, il agit en conséquence. Sa conviction est claire. Cette transparence, dans un marigot d’hypocrisie, est un acte de courage politique rare.
Alors, à tous les détracteurs, mon message est simple : à l’ère du « Verba volant », que vos actes, du moins, restent. Assumez vos propres choix. Dites, vous aussi, clairement, qui est votre candidat. Sortez de l’ombre du paradoxe.
Il est des hommes qui préfèrent la clarté du risque à l’obscurité du confort. Moussa Moïse est de ceux-là. Ministre, il a choisi d’être un acteur, avec toutes les ambiguïtés que cela implique, plutôt qu’un spectateur propre et inutile. Il a pris le parti de valoriser le patrimoine vivant de son pays.
Dans un paysage politique guinéen souvent caractérisé par le double langage, sa franchise est un coup de tonnerre salutaire. Il nous rappelle, dans un vibrant contraste avec l’immobilisme ambiant, que la seule eau qui ne stagne pas est celle qui coule, qui avance, et qui, parfois, emporte tout sur son passage pour fertiliser de nouvelles terres.
C’est cela, la véritable dynamique. Et c’est un spectacle bien plus noble que celui offert par le cirque éternel de ses détracteurs.
Alors que les eaux stagnantes continuent de critiquer le fleuve qui avance, souvenons-nous que l’histoire n’a jamais retenu le nom de ceux qui, du rivage, se contentaient de commenter le naufrage des autres.
Avec tout le respect Monsieur le ministre,
Ousmane Camara
