Matoto / Simbayah : quatre personnes d’une même famille périssent dans un incendie
Un incendie survenu au troisième étage d’un immeuble situé à Simbaya École, dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 juillet, a coûté la vie à quatre personnes : Marie Tolno, âgée de 60 ans, les jumelles Nafissatou Soumaoro et Fatim Soumaoro, toutes deux âgées de 13 ans, ainsi que Kadi Fofana, une ressortissante libérienne. En revanche, M’mah Sylla, une couturière de 18 ans, a réussi à échapper aux flammes en s’agrippant à une conduite d’eau située à l’extérieur du bâtiment.

Nicolas Tolno, étudiant, affirme avoir perdu sa mère dans ce drame. Interrogé, il revient sur les derniers instants de cette nuit tragique et les tentatives désespérées qu’il a entreprises pour la sauver.
« L’incendie s’est déclaré vers 3 heures du matin. Je ne dormais pas, car vers 1 heure, j’étais descendu acheter à manger. À mon retour, j’ai réveillé la petite qui était venue passer les vacances chez nous afin que nous mangions ensemble. Ensuite, je suis retourné dans ma chambre. Vers 2 ou 3 heures du matin, ma sœur est venue frapper à ma porte en m’appelant. Quand j’ai ouvert, elle m’a dit qu’il y avait de la fumée. J’ai alors constaté qu’elle provenait de l’appartement voisin.
J’ai trouvé ma mère avec les autres occupants et je lui ai demandé de sortir immédiatement. Ma sœur est sortie avec la petite. Il ne restait plus que ma mère et moi. Mais elle est retournée dans la maison pour récupérer quelques affaires, alors que le feu commençait déjà à se propager et que la fumée envahissait les lieux. J’ai allumé la lampe de mon téléphone et je lui ai dit : « Maman, sors, c’est dangereux ! » Lorsqu’elle est ressortie, j’avais quelques objets en main. Je suis descendu les remettre à quelqu’un, puis je suis remonté.

Je lui ai de nouveau crié : « Maman, sors ! » Je l’ai attrapée et tirée de toutes mes forces, mais je n’ai pas réussi à la faire sortir. Je suis alors descendu demander de l’aide, mais personne ne m’a suivi. Je suis remonté une deuxième fois. Le feu était devenu très intense et elle ne voyait presque plus. Elle est entrée dans la chambre de mon frère.Je suis redescendu en courant. Elle était à la fenêtre et appelait au secours. Un homme lui a crié : « Ne sautez pas ! Nous allons venir vous chercher. » Moi aussi, je lui ai demandé de rester calme et de ne pas sauter. Malheureusement, elle a fini par se jeter dans le vide. Je l’ai vue tomber du troisième étage. J’ai tenté de la rattraper, mais je n’en ai pas eu la force. Ensuite, les ambulanciers sont arrivés pour l’évacuer », a-t-il expliqué.
Membre de la famille endeuillée, Louceny Massogbè Doukouré est revenu sur les premiers instants du drame. Alerté par des voisins, il dit avoir tenté de porter secours à ses proches.
« L’incendie s’est déclaré aux alentours de 3 heures du matin, probablement à la suite d’un court-circuit. Le feu a pris au troisième étage. Dès que le sinistre s’est déclaré, des voisins m’ont alerté. Je suis immédiatement monté pour tenter de secourir mes proches qui se trouvaient dans le troisième appartement : mes nièces, ma cousine ainsi que mon cousin, qui venait tout juste de se marier. »
À son arrivée, la situation était déjà hors de contrôle. « Malheureusement, le brasier était déjà trop violent et toute intervention était devenue impossible. Pris de panique, les enfants ont fini par sauter à l’arrière de l’immeuble, d’une hauteur d’environ vingt mètres. Bien qu’ils aient été transportés d’urgence à l’hôpital, ils n’ont pas survécu à leurs blessures. »

Selon lui, le bilan est particulièrement lourd. « À ce stade, le bilan est de quatre morts : les jumelles de 13 ans, une jeune femme de 18 ans et une dame âgée qui vivait avec nous. »
Une seule survivante grâce à un tuyau d’eau
Témoin de la scène, Maurice Kamano, qui travaillait dans un studio de prépresse scolaire situé à proximité de l’immeuble, raconte les moments de panique.
« Il était environ 3 heures du matin. J’étais en train de travailler lorsque j’ai entendu des cris : « Au secours ! Au secours ! » Comme notre établissement se trouve à quelques mètres de l’immeuble, je suis immédiatement sorti. »
À l’extérieur, il découvre une scène dramatique.« Nous avons vu une épaisse fumée s’échapper du troisième étage, où l’appartement était en flammes. »
Selon lui, les occupants étaient totalement piégés. « Le feu s’était déclaré dans le salon, empêchant toute sortie par la porte principale. Depuis le bas, j’ai aperçu l’aînée à une fenêtre du troisième étage. Je lui ai demandé de garder son calme et de s’accrocher au tuyau d’évacuation des eaux. Elle a réussi à descendre en se laissant glisser. C’est la seule survivante. »
Pour les autres occupants, l’issue a été fatale. « Lorsque les autres enfants ont voulu faire la même chose, le feu avait déjà atteint cette partie de l’appartement et leur bloquait l’accès au tuyau. Elles se sont alors réfugiées dans les toilettes. Mais le salon étant entièrement ravagé par les flammes, elles n’ont eu d’autre choix que de sauter par la fenêtre des toilettes pour tenter d’échapper au brasier. »
Toujours bouleversé, Maurice Kamano décrit une scène insoutenable. « C’étaient des enfants de 12 et 13 ans. Sans aucun dispositif pour amortir leur chute, je les ai vues sauter et tomber sur les tôles des toilettes. C’était une scène terrible. En les voyant tomber ainsi, je savais qu’elles ne survivraient pas. »
Le témoin indique également qu’une autre habitante de l’immeuble a perdu la vie en voulant sauver ses effets personnels. « Au même moment, une mère de famille demandait à ses enfants de quitter les lieux. Les enfants l’ont suppliée de partir avec eux, mais elle a insisté pour retourner récupérer quelques affaires. Lorsqu’elle a voulu ressortir, les flammes avaient déjà bloqué sa chambre ainsi que la porte de sortie. »
Pour tenter de sauver sa vie, elle a également sauté du troisième étage. « Cette dame, d’une forte corpulence, a finalement sauté du troisième étage dans une ultime tentative d’échapper aux flammes. »
Ce n’est qu’au lever du jour que le bilan définitif a été confirmé. « Vers 6 heures du matin, les services compétents nous ont annoncé que les quatre victimes avaient succombé à leurs blessures. La seule survivante est la jeune fille qui a pu descendre grâce au tuyau d’eau », conclut Maurice Kamano.
