PRESERVONS L’IMAGE DE LA GUINEE : NOUS N’AVONS PAS LE DROIT D’EXPORTER NOS VIOLENCES
La diplomatie d’une nation est le miroir de sa maturité politique. Lorsque la scène internationale, traditionnellement réservée aux grands arbitrages et à la défense des intérêts stratégiques d’un État, devient le théâtre d’affrontements partisans, c’est l’ensemble de l’édifice républicain qui vacille. Les récents événements survenus à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies marquent une rupture inquiétante dans la manière dont s’expriment nos divergences. En transportant le tumulte de la politique intérieure sur le sol américain, certains compatriotes ont franchi une ligne rouge qui interpelle la conscience citoyenne. Il est urgent d’interroger les conséquences de ces actes sur le prestige international de la Guinée et de rappeler la responsabilité collective qui nous incombe.
Les actes de violence verbale et physique ciblant la délégation présidentielle à New York ont gravement affecté l’image de notre pays. Constater que des individus tirent une fierté d’avoir entravé le message que la Guinée devait livrer à la tribune des Nations Unies relève d’une profonde méprise.
Quelles que soient nos sensibilités politiques, nos convictions ou nos ressentiments, une vérité fondamentale doit demeurer : le Président de la République incarne, au-delà de sa personne ou de son régime, l’institution républicaine et la souveraineté nationale sur la scène internationale. Attaquer le Chef de l’État à l’étranger ne fragilise pas un homme ou un pouvoir politique ; cela écorne le crédit diplomatique de tout un peuple et affaiblit notre voix collective dans le concert des nations.
Un proverbe malinké nous le rappelle fort à propos : « Le chimpanzé, à force de retourner les pierres, finira un jour par en retourner une sur sa propre main. » À chercher systématiquement la surenchère et l’humiliation publique à l’étranger, les fauteurs de troubles risquent d’affaiblir la nation tout entière et de se piéger eux-mêmes dans le piège qu’ils tendent à notre pays.
L’histoire et la raison nous enseignent que la rue et l’affrontement n’ont jamais apporté de solutions pérennes à nos défis majeurs. Les invectives, les violences et le désordre extérieur n’apaisent aucune querelle : ils les enveniment et retardent l’échéance des indispensables réformes. Les grandes batailles démocratiques ne se gagnent pas dans le chaos importé, mais par la force des idées et le respect des cadres institutionnels. Aucune crise ne s’est jamais résolue durablement dans l’affrontement systématique ; c’est uniquement autour d’une table, par un dialogue franc, inclusif et guidé par la retenue, que l’on parvient à bâtir des consensus solides.
Au moment où la Guinée traverse une période charnière de son histoire, l’heure ne doit plus être aux surenchères partisanes ni à la dégradation de notre image extérieure. Exporter nos querelles domestiques au-delà de nos frontières est une faute stratégique et morale qui ne sert aucun projet d’avenir. J’appelle solennellement l’ensemble des acteurs de la vie nationale, classe politique, société civile et acteurs de la diaspora, à faire preuve de discernement et de hauteur de vue. La grandeur d’une nation se mesure à sa capacité à régler ses différends en son sein, dans la dignité et le respect républicain. Plaçons l’intérêt supérieur de la patrie au-dessus de nos passions éphémères pour offrir à la Guinée la sérénité qu’elle mérite.
Par Famany Condé
