RÉSEAUX SOCIAUX : LE VÉRITABLE PARADOXE GUINÉEN
L’Internet, ce réseau télématique international, devait être le pont ultime : une plateforme d’échange culturel, scientifique et social accessible à tous. En théorie, les réseaux sociaux sont des vecteurs d’intégration et de fluidité de l’information. Mais qu’en est-il de la pratique chez nous ?
Un miroir déformant de la société
Malheureusement, en Guinée, l’outil de connexion est devenu un instrument de division. Les réseaux sociaux se sont mués en foyers de tensions sociales, d’atteintes à la pudeur et à la bienséance.• On y expose l’intime ;• On y humilie le prochain ;• On y érige l’insulte en mode de communication.
Les liaisons dangereuses et les rapports de proximité avec les hautes personnalités de l’État sont étalés sans aucune pudeur, faisant fi des conséquences désastreuses sur l’équilibre politique et social de notre nation. Comme le dit si bien l’adage africain : « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. »
LE PIEGE DES « SOUTIENS » TOXIQUES
Il y a une méprise fondamentale sur ce qu’est le soutien politique. Étaler le tapis rouge à des individus qui ne brillent que par l’injure n’est pas un soutien : c’est un affaiblissement des institutions que l’on prétend défendre.
On voit aujourd’hui des artistes en mal d’inspiration exceller dans l’invective pour manifester leur allégeance aux nouvelles autorités. Ce n’est plus de la propagande, c’est une dérive morale.
LE REVEIL NECESSAIRE : VALEURS CONTRE IMPUNITE
Le récent scandale des influenceuses, qui a embrasé la toile et mené aux restrictions de Facebook et TikTok, a été une honte nationale. Ce cas a mis à nu les déviances de certains cadres de la République et l’urgence de choisir ses fréquentations selon :1. Le niveau de culture ;2. Le sens des responsabilités ;3. Le degré de valeurs morales.
LA JUSTICE FACE AU « DEUX POIDS, DEUX MESURES »
Partout ailleurs, la propagande pour un système est encadrée. Ceux qui dépassent les bornes sont rappelés à l’ordre. En Guinée, nous semblons parfois danser au rythme des injures.
Cette situation paralyse la justice : si elle agit, elle est critiquée par la vox populi ; si elle n’agit pas, elle laisse s’installer un sentiment d’injustice flagrant. Quand ceux qui insultent sont récompensés par des villas et des véhicules, tandis que ceux qui dénoncent finissent au « gnouf », c’est le contrat social lui-même qui s’effrite.
VERS UN SURSAUT DE DIGNITE NATIONALE
Le constat est amer : nous avons transformé un outil de progrès en une arme de destruction sociale. Mais cette dérive n’est pas une fatalité, c’est un choix. En acceptant que l’insulte devienne un métier et que l’indécence soit récompensée, nous sacrifions l’éducation de nos enfants et l’image de notre nation sur l’autel du clic et de l’opportunisme.
Il est temps de rompre avec ce « deux poids, deux mesures » qui ronge notre cohésion. La justice doit redevenir la seul boussole, et la morale, notre rempart.
La question n’est plus de savoir jusqu’où les réseaux sociaux nous mèneront, mais jusqu’où nous accepterons de descendre. La refondation de la Guinée ne se fera pas par des « likes » achetés ou des invectives numériques, mais par le retour au respect de soi, de l’autre et de nos institutions.
Choisissons l’excellence plutôt que l’arrogance. Choisissons la culture plutôt que l’injure. Il en va de l’honneur de notre République.
Par Famany Conde
