SÉKOU KOUREICHY CONDÉ, L’HOMME ET SON DESTIN…
Le caractère d’un homme fait son destin. Personne, parmi les hommes, qu’il soit lâche ou brave, ne peut se soustraire à son destin dès lors qu’il a vu le jour. La providence n’est pas sentimentale : c’est le caractère même de l’homme qui détermine sa nature.
Quand un individu porte en son ADN la paix et la sociabilité, il exige naturellement de tous le respect de la dignité et de la personnalité humaine. C’est au bord du fleuve Djoliba que le jeune Koureichy a été forgé, dans la pure tradition mandingue, nourrie de valeurs morales, spirituelles et coutumières. Très tôt, il fit la preuve de son aptitude à défendre ces principes au sein de sa classe, dont il était le commissaire politique. Par son intelligence et son sens élevé des responsabilités, il sût diriger avec brio cette communauté pourtant hétéroclite par les âges. Il sût mettre fin à l’absentéisme et à la paresse, invitant chacun au travail pour son propre bien-être et celui de la patrie.
C’est ensuite au CER Soundiata Keïta, en sa qualité de vice-président, qu’il mit en exergue toute l’étendue de son talent pour la gestion des hommes. Sous son impulsion, cet établissement rayonna tant sur le plan culturel et disciplinaire que productif. Il jouissait alors de l’admiration de ses pairs ainsi que de celle du corps enseignant, dont il facilitait harmonieusement la régularité des cours.
On pressentait déjà en lui la stature d’un grand homme, épris de paix et d’amitiés sincères. Jamais il ne négligeait les différends entre ses camarades ; au contraire, il recherchait par tous les moyens à rétablir la concorde entre les parties. Sa force réside dans cette volonté singulière qui caractérise ses rapports sociaux : il possède le don de l’écoute et la justesse du mot pour apaiser les esprits. Le CER Soundiata Keïta devint, en son temps, une référence pédagogique, culturelle et sportive à Kouroussa. C’est ce parcours exemplaire qui le prédisposa logiquement à une responsabilité plus grande : celle de vice-président de l’université Julius Nyerere de Kankan.
À l’IPK, cette vibrante communauté estudiantine venue de toutes les préfectures du pays allait découvrir un homme extraordinaire, remarquable par ses qualités humaines, son sens aigu des responsabilités et sa constante disponibilité. Plus de trois mille étudiants furent alors sous sa direction. Koureichy veillait minutieusement à tout : de la gestion de la cantine pour garantir la qualité des repas, à l’infirmerie pour la prise en charge des malades. Il veillait rigoureusement à l’assiduité des étudiants tout en restant le grand défenseur de ses camarades auprès d’un corps professoral avec lequel il savait désamorcer les conflits.
C’est dans cette dynamique qu’il fut remarqué par le Responsable suprême de la Révolution. Cette rencontre décisive accrut son aura et lui conféra une dimension nationale, puis internationale. Il effectua dès lors des voyages officiels aux côtés du chef de l’État, qui le présentait fièrement comme le digne représentant de l’université guinéenne. À l’université d’Ibadan, au Nigeria, il fit sauter l’applaudimètre par la haute qualité de son discours et ce calme olympien caractéristique des grands hommes.
Comme on ne change pas une équipe qui gagne, Conakry accueillit après Kankan ce jeune intrépide, qui avait su briser le complexe d’infériorité habitant parfois les étudiants venus de l’intérieur. Porté par son mérite, sa personnalité et son savoir-faire, il fut élu à l’unanimité par les étudiants de l’IPGANC. Comme le soulignait La Rochefoucauld : « Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses à qui elles doivent une grande partie de la louange et du blâme qu’on leur donne. » Le destin est la cause entrelaçante des êtres, la raison supérieure selon laquelle le monde est gouverné. Partout où Sékou Koureichy Condé est passé, il a laissé derrière lui une organisation irréprochable de la gestion matérielle et humaine. Avec une rare dextérité, il a dirigé sans aucun complexe la plus prestigieuse institution de l’époque.
Pour nous qui le connaissons depuis sa tendre jeunesse, rien de ce que cet apôtre de la paix et défenseur émérite du dialogue accomplit ne nous surprend. Invité dans de nombreuses universités africaines, européennes et américaines, il y déploie partout les vertus du dialogue et de la concorde. Sans paix et sans écoute mutuelle, le chaos menace. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, pour le bonheur de sa patrie, il s’investit corps et âme dans l’édification d’une nouvelle Guinée. Et, fidèle à lui-même, il vient de réussir ce que beaucoup croyaient impossible : favoriser le chemin vers des processus libres, transparents et apaisés.Comme le disait si bien Louis Lavelle : « La valeur est dans l’être ce qui dépasse toujours le réalisé et qui par conséquent réside dans un acte qu’il dépend de nous d’accomplir. »
En somme, retracer le parcours de Sékou Koureichy Condé ne revient pas simplement à énumérer les étapes d’une brillante carrière publique ; c’est contempler le déploiement d’un destin national. Des rives sacrées du Djoliba aux plus hautes tribunes internationales, cet homme aura fait de sa vie un sacerdoce au service de la concorde et de la dignité. À travers la fresque de ses engagements estudiantins, politiques et humanistes, le texte met en lumière une vérité immuable : les grands hommes ne subissent pas l’Histoire, ils la façonnent. Alors que la Guinée se tourne vers son avenir, la trajectoire de cet apôtre du dialogue demeure une boussole, un héritage vivant et une promesse de paix pour les générations futures.
Famany Condé
