Guinée : les manifestations sous tension, le FNDC dénonce une répression

Conakry, février 2023. La Guinée traverse une nouvelle période de tensions entre les autorités de transition et les organisations de la société civile. Depuis l’interdiction des manifestations sur la voie publique et la dissolution du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), les mobilisations contre la conduite de la transition militaire se multiplient.

Le 16 février, une manifestation appelée par le FNDC à Conakry est durement réprimée. Le mouvement fait état de deux morts, de 58 blessés et de 47 arrestations. Il accuse les forces de sécurité d’avoir fait usage de tirs à balles réelles, de gaz lacrymogènes et de violences physiques contre les manifestants. Les autorités, qui invoquent le maintien de l’ordre public, contestent régulièrement les accusations portées contre leurs forces.

Parmi les personnes arrêtées figure Ousmane Camara, jeune militant engagé au sein du FNDC depuis 2020. Selon son entourage, il serait toujours maintenu en détention et subirait des violences, des actes de tortures et divers mauvais traitements malgré les multiples appels des Organisations de défense des droits de l’Homme demandant aux autorités de libérer des détenus.

Selon son entourage, les conséquences de cet engagement auraient également touché sa famille. Son père, Frebory, qui exerçait jusqu’ici les fonctions de chef coutumier dans leur localité, aurait été démis de ses fonctions par les autorités de transition avant d’être placé aux arrêts.

Son cas illustre le climat de tension qui entoure alors l’action des militants du FNDC. D’autres responsables et membres du mouvement sont également arrêtés ou poursuivis, tandis que les organisations de défense des droits humains demandent des enquêtes sur les violences commises lors des manifestations.

Amnesty International appelle notamment les autorités guinéennes à libérer les personnes détenues pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression et de réunion et à enquêter sur les accusations d’usage excessif de la force.

La situation intervient alors que les autorités militaires affirment vouloir conduire le pays vers un retour à l’ordre constitutionnel. Pour une partie de la société civile, cependant, les restrictions imposées aux manifestations et les arrestations de militants font craindre un rétrécissement de l’espace politique.

Dans les rues de Conakry comme dans les lieux de détention, la question du respect des libertés publiques s’impose ainsi comme l’un des principaux points de tension de la transition guinéenne.

Alphonse Kamano