LE 28 SEPTEMBRE : ENTRE L’ECLAT DE LA DIGNITE RETROUVEE ET L’IMPERATIF DU DEVOIR DE MEMOIRE

Il est des dates dont la force tellurique dépasse les frontières du temps pour devenir la boussole éternelle d’un peuple. Le 28 septembre n’est pas un simple repère sur le calendrier républicain de la Guinée : c’est notre acte de naissance moral, le jour glorieux où la conscience nationale s’est dressée, invincible, pour briser le carcan de l’oppression et du déni d’humanité. En ce jour béni de 1958, face aux manœuvres d’une métropole résolue à perpétuer sa tutelle sous un vernis réformateur, le peuple militant de Guinée a fait le choix souverain de l’honneur contre le confort de la servitude. En proclamant à la face du monde que la liberté en pauvreté valait mieux que l’opulence dans l’asservissement, nos aînés ont rappelé une vérité fondamentale : pour paraître dans l’Histoire, il faut d’abord être, libre et debout. C’est ce souffle pionnier de la dignité reconquise, traversé hélas par les ombres de nos tragédies contemporaines, qu’il nous appartient d’interroger et de raviver aujourd’hui.

Le « NON » héroïque : briser les chaînes de l’aliénation

Le 28 septembre 1958, la Guinée accomplissait un acte de bravoure inédit dans les annales de la décolonisation. En répondant « NON » au référendum gaulliste, le peuple guinéen refusait de se laisser séduire par le mirage d’une « Communauté franco-africaine » qui n’était rien d’autre qu’un artifice politique destiné à maintenir l’Afrique sous coupe réglée.

La domination coloniale ne s’était pas contentée de confisquer nos souverainetés et d’exploiter nos richesses ; elle s’était insinuée dans les esprits, inoculant le venin du complexe d’infériorité, diabolisant nos langues maternelles, nos cultures, nos valeurs et nos traditions ancestrales. La personnalité du Noir avait été annihilée, sa dignité piétinée, son histoire niée. En disant NON, la Guinée n’a pas seulement rejeté un statut juridique : elle a brisé les fers de l’aliénation culturelle, réaffirmé l’universalité de la valeur humaine et ouvert la voie sacrée de l’émancipation pour tout un continent.

Une mémoire à deux visages

Cette épopée pour la liberté a légué à notre mémoire collective des sanctuaires de fierté. Au premier rang de ces temples de gloire se dresse le Stade du 28 Septembre de Conakry, édifié pour immortaliser ce choix héroïque et célébrer la ferveur d’une nation maîtresse de son destin.

Mais le parcours d’un peuple est semé d’épreuves. Le 28 septembre 2009 est venu frapper de stupeur la conscience nationale, drapant d’un voile de deuil ce symbole séculaire. Dans l’enceinte même baptisée pour glorifier notre libération, le sang de citoyens innocents a coulé sous les coups de la violence d’État. Ce drame contemporain a superposé à la fierté légitime de 1958 l’exigence impérieuse de la vérité, de la justice et de la mémoire pour les victimes.

Soixante-huit ans après ce séisme de liberté, l’héritage du 28 septembre nous impose un examen de conscience sans concession. Célébrer le courage de 1958 sans affronter les blessures de notre histoire récente serait une imposture ; oublier le combat fondateur de nos pères sous le poids des désillusions serait une abdication. Être fidèle au « NON » historique, c’est refuser catégoriquement toutes les formes contemporaines d’asservissement : l’injustice sociale, la démission intellectuelle, l’amnésie coupable et le renoncement aux exigences démocratiques. C’est réhabiliter sans complexe nos langues nationales, promouvoir notre patrimoine culturel et bâtir un État de droit où la vie et la dignité de chaque Guinéen sont sacrées. Que ce 28 septembre ne se réduise pas à un rituel d’hommages convenus, mais qu’il devienne le ferment d’un réarmement patriotique solennel : le serment inébranlable de rester unis, souverains et jaloux de notre liberté, afin que le flambeau de la dignité guinéenne brille à jamais.

Par Famany Condé