LE FAUX PAS DU SYLI NATIONAL FACE AU BAFANA BAFANA : LES LEÇONS D’UNE DÉFAITE ANNONCÉE

Entre gestion approximative, guerres d’ego, retard d’infrastructures et dysfonctionnements institutionnels, le revers inaugural du Syli National face aux Bafana Bafana ravive le spectre des éliminations douloureuses. Analyse sans complaisance d’une crise structurelle qui dépasse largement le cadre du rectangle vert. 

Cette nouvelle défaite enregistrée à l’extérieur rappelle étrangement les éliminatoires des éditions précédentes de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), où le Syli National s’était vu éliminé de la façon la plus déshonorante. Une telle déconvenue évoque irrémédiablement cette sagesse éprouvée de la savane : « Quand un démon rouge a tué le père de quelqu’un à la vue d’une termitière rouge, celui-ci prend la fuite dès qu’il en croise une autre. »

Si la campagne qualificative débute par un faux pas, et au regard de la composition relevée de notre poule, il y a lieu de faire preuve d’une extrême vigilance pour ne pas répéter les mêmes erreurs et subir un nouveau naufrage sportif.

Management et motivation : la fin de l’amateurisme romantique

Pourtant, le talent brut n’a jamais fait défaut à la Guinée. Qu’ils soient formés sur le territoire national ou issu de la diaspora (binationale), nos athlètes possèdent les qualités techniques pour rivaliser avec les meilleures sélections du continent. Cependant, le football de haut niveau ne tolère aucun amateurisme : lorsque l’on peine à convoquer certains cadres expérimentés de la sélection en raison de simples sautes d’humeur, de rancœurs personnelles ou par excès d’ego, c’est l’équilibre et la cohésion de tout le collectif que l’on fragilise.

Par ailleurs, la désorganisation récurrente, la préparation logistique souvent bâclée et la gestion opaque des ressources financières demeurent les véritables poisons qui démobilisent nos jeunes internationaux. Il est temps d’opérer une véritable mutation des mentalités : si hier on arborait le maillot tricolore uniquement par fibre patriotique, le football contemporain est devenu une industrie exigeante, un métier à part entière et une raison de vivre. Ignorer le statut et le respect dû aux athlètes professionnels, c’est s’assurer d’avance leur désengagement sur le terrain.

Infrastructures et querelles d’ambition : le fossé guinéen

Pendant que des nations voisines avancent à pas de géant grâce à la construction de stades modernes, la mise aux normes de leurs centres de formation et l’optimisation des moyens logistiques, la Guinée stagne tristement au bas de l’échelle. Pire encore, au lieu de se concentrer sur ces chantiers prioritaires, le football guinéen reste englué dans des querelles intestines stériles, alimentées par des considérations absurdes et des intérêts bassement politiques.

GUINÉE – AFRIQUE DU SUD, UNE RIVALITÉ HISTORIQUE

L’exploit d’Alexandrie (2006) : Lors de la CAN en Égypte, le Syli National dominait nettement les Bafana Bafana (2-0) grâce à des réalisations de Sambégou Bangoura et Ousmane Bangoura, signant l’une des prestations collectives les plus abouties de l’histoire récente de notre équipe nationale.

La confirmation à l’extérieur (2008) : En match amical de préparation, la Guinée s’imposait à Atteridgeville (1-0) grâce à un but décisif d’Ibrahima Yattara.

Le choc des transitions (2022) : Une confrontation équilibrée en terrain neutre s’était soldée par un score de parité (0-0), illustrant déjà le resserrement du niveau tactique entre les deux nations.

Le constat : Alors que l’Afrique du Sud a su structurer son championnat local (Premier Soccer League) et moderniser ses académies depuis sa Coupe du Monde 2010, la Guinée peine à capitaliser sur ses succès passés, se reposant essentiellement sur les exploits individuels de ses expatriés.

La guerre ouverte à laquelle se livrent les prétendants au fauteuil présidentiel de la Fédération Guinéenne de Football (Féguifoot) prouve à suffisance notre incapacité collective à distinguer le bon grain de l’ivraie. Cette course effrénée au pouvoir fédéral occulte la véritable mission de développement de notre football.

Quel profil pour diriger la Féguifoot ?

On ne doit pas ambitionner de présider une telle institution simplement parce qu’on en a l’envie (le vouloir), mais parce qu’on en a les compétences et la stature (le pouvoir). La gouvernance sportive mondiale répond aujourd’hui à des normes managériales strictes.

Un président de fédération ne peut plus être un simple figurant ou un produit de règlements de comptes politiques. Il doit impérativement afficher :

Un carnet d’adresses international étoffé pour nouer des partenariats stratégiques avec les instances continentales et internationales (CAF, FIFA) ainsi qu’avec des sponsors privés majeurs ;

Une forte personnalité et un leadership moral incontesté pour imposer la discipline, inspirer le respect aux techniciens comme aux joueurs, et préserver le vestiaire de toute interférence toxique ;

Une solidité et une autonomie financières capables de pallier immédiatement les lourdeurs administratives et d’absorber les imprévus logistiques.

En somme le revers essuyé face aux Bafana Bafana ne doit pas être analysé comme une simple défaillance tactique d’un soir, mais bien comme le symptôme d’un mal plus profond qui ronge notre football depuis des années. Penser qu’il suffira de changer de sélectionneur ou de modifier une liste de joueurs pour retrouver les sommets africains relève de l’illusion.

La Guinée dispose d’un vivier de talents exceptionnel qui ne demande qu’à briller. Mais pour que le Syli National retrouve sa grandeur d’antan, nos dirigeants doivent impérativement opérer une cure d’humilité et mettre fin aux guerres de clocher. Il est grand temps de bâtir un projet fédéral ambitieux, fondé sur la transparence, le développement des infrastructures de base et la professionnalisation de toute la chaîne d’encadrement. Faute d’un tel sursaut national, le Syli continuera de piétiner au seuil des grandes compétitions, condamné à nourrir d’éternels regrets.

Par Famany Condé