Kindia : des élèves manifestent pour demander la libération des autres candidats détenus
Au lendemain du décès de Mamadou Djouma Bah, candidat poursuivi pour fraude lors du baccalauréat unique, session 2025-2026, des élèves de plusieurs établissements de la commune urbaine de Kindia sont descendus dans les rues, ce mercredi 22 juillet 2026, pour exprimer leur douleur et interpeller les autorités.

Kadiatou Diallo, porte-parole de circonstance des manifestants, a précisé d’entrée de jeu qu’elle ne venait pas alimenter une quelconque polémique, mais exprimer ce qu’elle considère comme une vérité.
« Aujourd’hui, je suis là avec une profonde tristesse dans le cœur. Je ne suis pas là pour m’opposer à qui que ce soit, mais pour dire la vérité », a-t-elle déclaré.
Elle a ensuite évoqué la situation des personnes placées en détention, notamment celle d’une mère emprisonnée avec son bébé, lançant un appel empreint de compassion.
« Déjà, il y a une mère en prison qui souffre avec son bébé. Qui connaît l’amour d’une mère ? Peut-être que vous, les garçons, vous ne le savez pas, mais moi, je suis mariée, je suis une femme, et je connais l’amour qui unit une mère à son enfant. Nous demandons simplement la libération des autres. Nous savons ce qui est arrivé à Mamadou Djouma, nous ne pouvons pas le ramener. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prier », a-t-elle affirmé.

Évoquant le décès du candidat, elle a estimé que ce drame aurait pu être évité. Selon elle, l’annulation de la session aurait dû constituer une sanction suffisante, sans être accompagnée d’une peine d’emprisonnement.
« Avec la mort de Mamadou Djouma, beaucoup de choses doivent changer. Lorsqu’un élève fraude au baccalauréat, une année blanche devrait suffire. Neuf mois d’efforts peuvent s’écouler en une seule journée. Nous demandons au ministre de mettre fin à cette loi, à cette stratégie. Cela nous blesse et nous décourage dans nos études. Hier, nous étions stressés par le baccalauréat. Aujourd’hui, plus aucun candidat ne pense aux résultats. Depuis la mort de Mamadou Djouma, qu’ils publient les résultats ou non, cela ne change plus rien. Mamadou Djouma est parti, il ne reviendra plus. La vérité d’Allah est là », a-t-elle déclaré.

« Si un élève fraude, sa candidature est annulée cette année »
Poursuivant son intervention, Kadiatou Diallo a insisté sur la nécessité de lutter contre la fraude, tout en plaidant pour des sanctions qu’elle juge moins sévères.« Nous ne demandons pas qu’on laisse la fraude se développer. Il est normal de la combattre, car malgré tous les conseils, certains élèves continueront à tricher. Mais nous voulons faire comprendre à l’État guinéen que si un élève fraude, sa candidature doit être annulée pour cette année seulement. L’année suivante, il devrait pouvoir reprendre le baccalauréat sans être envoyé en prison », a-t-elle plaidé.
Selon elle, les conséquences de la mort de Mamadou Djouma dépassent largement les frontières de Kindia.
« Regardez ce qui s’est passé avec Mamadou Djouma. Cela n’a pas seulement touché Kindia, même s’il était de Kindia. C’est le monde entier qui a été ému. Tous ceux qui suivent l’actualité sur Internet le savent », a-t-elle ajouté.
Un message au ministre Alpha Bacar Barry
S’adressant ensuite au ministre de l’Éducation, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Alpha Bacar Barry, elle a demandé la libération des enseignants poursuivis dans cette affaire, estimant qu’ils demeurent indispensables à la formation des élèves.
« Monsieur le Ministre, c’est tout ce que nous demandons : arrêtez cela et libérez nos enseignants. Nous avons besoin du savoir. Si l’on emprisonne ceux qui doivent former les futurs bâtisseurs de ce pays, que deviendra la Guinée ? », a-t-elle lancé.
Un appel au Président de la République
Enfin, dans un message adressé au président de la République, le général Mamadi Doumbouya, Kadiatou Diallo a formulé un appel solennel.
« Monsieur le Président, je vous demande humblement pardon. Libérez les autres. Si un élève fraude, une année blanche suffit. Je me mets à genoux pour vous supplier. Vous avez des enfants. Pensez à cette femme qui doit nourrir son bébé. Libérez nos enseignants. L’année prochaine, il y aura encore des examens et nous aurons besoin d’eux pour les cours de vacances. Nous avons besoin de vous, Monsieur le Président », a-t-elle conclu.
Balla Yombouno
