Tragédie au Baccalauréat : Quand la « tolérance zéro » sombre dans l’arbitraire et le drame

Un téléphone portable saisi dans une salle d’examen, une interdiction d’épreuve, puis l’inconcevable : un mandat de dépôt et la mort d’un jeune élève dans une cellule à Kindia. Alors que le Baccalauréat devrait marquer le mérite et l’accès à un avenir meilleur, il vient de se transformer en un drame absolu. Une famille est endeuillée, une jeunesse est sous le choc, et les institutions se trouvent face à leurs lourdes responsabilités.

Une dérive punitive sans aucun fondement réglementaire

Qu’on ne s’y trompe pas : la lutte contre la fraude scolaire est légitime. La crédibilité de nos diplômes en dépend. Depuis belle lurette, la doctrine de la « tolérance zéro » est martelée à chaque session d’examen. Mais jusqu’où cette formule a-t-elle été dévoyée pour en arriver là ? Jamais la nation n’avait connu une pareille situation.

Nulle part dans les règlements généraux des examens nationaux il n’est question d’emprisonnement ou de détention provisoire pour le port ou l’usage d’un téléphone portable. Les textes fixent un cadre strict mais disciplinaire. Lorsqu’un élève est pris en faute et éliminé, il subit déjà la sanction la plus lourde de son parcours : la perte de neuf mois d’efforts acharnés, le gaspillage des frais de scolarité consentis par sa famille et le retard irréparable pris sur son avenir.

Ajouter à ce châtiment académique la privation de liberté et le placement sous écrou ne relève plus de la rigueur : cela relève de l’arbitraire le plus total.

Un naufrage de la chaîne de responsabilité

Ce drame de Kindia n’est pas une simple fatalité ; il est le résultat d’une suite de décisions disproportionnées et défaillantes. Les responsabilités sont claires et doivent être établies sans complaisance :• Le chef du Département de l’Éducation : En laissant s’installer un climat de surenchère sécuritaire où la fermeté se confond avec la criminalisation des candidats, l’autorité éducative a ouvert la porte à de tels dérapages.• Les autorités judiciaires de Kindia :Comment un magistrat a-t-il pu délivrer un mandat de dépôt et envoyer un élève en prison pour une infraction disciplinaire scolaire, ignorant les principes élémentaires de proportionnalité des peines ?• Les autorités administratives et pénitentiaires locales : Quelle a été la prise en charge de ce jeune détenu ? Comment a-t-on pu négliger son état au point de laisser l’irréparable se produire entre les mains de l’État ?

L’exigence de vérité et de justice

Lorsqu’un citoyen — a fortiori un élève en situation d’examen — est privé de sa liberté par l’État, sa vie et sa santé deviennent une obligation absolue pour les institutions qui le détiennent. On ne meurt pas en prison pour avoir eu un téléphone lors d’une épreuve du Baccalauréat.

Cette tragédie doit marquer un point d’arrêt immédiat. La lutte contre la fraude ne peut pas servir de prétexte à la négation des droits humains les plus fondamentaux. À la famille de l’élève, la justice et la vérité sont dues sans délai. Et à la jeunesse de notre pays, l’État doit réparer ce traumatisme en garantissant que plus jamais l’école ne conduira au cimetière.